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TTC : le décryptage

Trois jeunes suisses-allemands ayant suivi le cursus d’économie sur les bancs de l’Université de St-Gall, lancent sur un coup de tête une initiative pour supprimer les redevances. Cette dernière est cependant essentielle pour permettre à toutes les régions linguistiques d’avoir une information de qualité, aux malentendants d’avoir des sous-titrages, à la chaîne du bonheur d’aider les personnes dans la nécessité et aux festivals et au cinéma suisse d’être financé. De plus, la perte de cette redevance entrainerait une hausse des coûts pour les ménages qui devraient payer, pour la même prestation qu’actuellement, un coût prohibitif jusqu’à deux à trois fois le prix de la redevance. Si le contour du service public peut être discuté et que le débat politique doit avoir lieu, on ne peut accuser la SSR d’abuser de l’argent public car ils touchent des salaires tout à fait acceptables (Darius ne touchant qu’environ 10’000.- par mois !).

C’est le message que vous avez certainement tous retenu de l’émission TTC du lundi 5 février sur la SSR. Permettez-moi d’apporter une critique de cette émission au contenu clairement à charge et qui, comme toute la campagne « d’information publique »  qui entoure l’initiative depuis maintenant 4 mois, contribue à confisquer le débat.

Tout d’abord, la focalisation sur l’Université de St-Gall dans ce débat devient ridicule. Moi-même, formé comme enseignant en primaire, a été plusieurs fois « accusé » d’en avoir suivi le cursus. L’un des initiateurs de l’initiative ne l’a pas suivie contrairement à ce qui a été dit dans cette émission et le fait que M. Jutztet, président du comité romand, y fasse sa formation actuellement, revient perpétuellement dans les débats. Pourrait-on savoir ce que les journalistes ont contre cette école ? J’ignore ce qu’il s’y enseigne mais on dirait qu’il y a un consensus médiatique sur la dangerosité du lieu.

De plus, la caste des indispensables nous rappelle sans cesse le flot de leurs prestations comme si seule leur entreprise pouvait les fournir. Pourrait-on savoir en quoi celles-ci ne pourraient-elles pas être crées par d’autres prestataires ? Ne pourrait-on pas mettre les prestations sociales et culturelles sous la direction de la collectivité et les soumettre à un appel d’offres tout comme pour bon nombre de prestations publiques ? La SSR se prend pour un office fédéral de la culture délivrant ses bienfaits sur la nation suisse sans être soumise au vote ou aux élections. Une démonstration de ce qu’on appelle le corporatisme : se soustraire de la concurrence, s’assurer de la stabilité des rentes par l’Etat et bien faire comprendre à la population que sa soumission lui est bénéfique.

La SSR sait qu’une partie de la population acceptera l’initiative pour des raisons pécuniaires. Il s’agit donc de rapidement détruire cet argument. Premièrement, bien rappeler que la ministre de tutelle a fait preuve de bienveillance en promulgant une baisse de la facture pour les ménages. Tout comme lors de la campagne sur la LRTV en 2015, ne mettre en avant que ce fait et occulter de dire que ce sont tous les ménages qui y seront soumis, y compris ceux qui ne possèdent pas de téléviseur ou de radio. Pour la question de la taxation des entreprises on se focalisera aussi uniquement sur le fait que 75% des entreprises ne paieront plus rien en omettant de dire que cela est calculé en fonction du chiffre d’affaire, que cela touche bien plus d’emplois, que le prélèvement sur les entreprises passera avec le nouveau régime de 41 millions de francs à 170 millions et qu’il implique une transformation de la redevance en taxe sur les entreprises ce qui aurait dû nécessiter un changement constitutionnel. On ne critiquera surtout pas la manoeuvre politique où il s’agit d’augmenter la facture sur la société civile en se faisant passer pour une réformatrice de talent et en ayant fait croire aux citoyens que dorénavant ils paieront moins.

Tout ceci n’a évidemment pas été présenté par notre média public. La SSR fait toujours preuve d’un grand sens critique lorsqu’il s’agit de dénoncer la communication politique de son patron. Vous savez, cette fameuse main qui la nourrit et qui lui permet d’être « indépendante ».

Dans un deuxième temps, on fait un exposé des prix en comparant avec les offres des entreprises privées actuelles. On occulte largement le fait qu’elles agissent dans un marché où le média public fournit des prestations obligatoires. On oublie le fait qu’elles travaillent donc sur un marché de niche là où la SSR n’a toujours pas revendiqué ses droits. On fait des additions sur des prestations à l’unité, dans un marché de niche réservé à des passionnés qui sont prêts à y mettre le prix, pour le comparer au prix d’une redevance prise par la force sur tous les ménages. On compare des pommes avec des poires et on sort les trompettes pour clâmer victoire. Bref, c’est tout, vraiment tout, sauf du travail sérieux et économique.

Finalement, on fait une démonstration à l’emporte pièce sur le fait qu’ils ne profitent pas de l’argent public en dévoilant le salaire de leur présentateur star. Quand on regarde les chiffres de leur rapport annuel, seul document de compte accessible, on peut simplement diviser la masse salariale des cadres par leur nombre et on arrive vers les 17’000 CHF par mois en moyenne et cela sans tenir compte des 16% de temps partiels. Ces faits sont sans doute moins intéressants à présenter que les 10’000 francs par mois de M.Rochebin. D’autant plus, le salaire de Monsieur Rochebin, est-il en net, brut, sans, avec avantages ?

Quand vous regarderez les Jeux Olympiques d’hiver et que certains journalistes profiteront pour la énième fois de vous rappeler que sans la redevance et leur clientèle captive tout cela serait impossible, rappelez vous que pour Sotchi la Suisse avait envoyé bien plus de personnel (environ une centaine) que France Télévision (une soixantaine). La Suisse, c’est ce petit pays où sa télévision publique juge qu’elle doit couvrir pour 50 heures de plus qu’un pays de 70 millions d’habitants.

Vous vous demandez d’où je tire mes chiffres en sachant qu’on ne peut demander la comptabilité de l’entreprise (art. 17 de la LRTV) ? Je tire cela d’un show de 120 secondes, datant de mars 2014, avant le lancement de notre initiative où les présentateurs n’avaient pas de problème à dévoiler la politique de l’entreprise. Un épisode qui avait d’ailleurs été retiré de la plateforme youtube pour éviter la polémique et qu’ils ont rediffusé peu après lorsque nous l’avons annoncé au public (sachant que l’épisode était de toute manière enregistré sur d’autres sites).

Je ne sais pas si nous gagnerons le 4 mars. Il est clair que face à l’artillerie médiatique de nos adversaires nous faisons pâle figure. Ce que je sais cependant c’est qu’à titre personnel je n’ai plus aucune confiance en la SSR, que leur indépendance est un nuage de fumée, que le gouvernement et les partis politiques ont aussi des intérêts qui ne sont pas tous « communs » et que je ne regarderai plus jamais la politique et la télévision de la même manière.

Frédéric Jollien

Jeune libéral-radical et membre du comité NoBillag

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