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Entre corporatisme et liberté

Lorsqu’on est en voyage, on est souvent impressionné par les différences significatives qui existent entre les organisations politiques des pays. Je discutais récemment avec une journaliste française qui apprit avec étonnement que dans notre pays la presse écrite ne touche pas de subvention directe de la part de l’Etat. Chaque année en France, l’Etat distribue plusieurs centaines de millions d’euros en aide directe aux journaux du pays et leur donne également une quantité importante d’aides indirectes ainsi qu’un abattement fiscal pour les journalistes. Lorsque la baisse du lectorat et les revenus publicitaires se firent sentir en 2016, c’est la ministre de tutelle qui annonça un soutien indéfectible aux journaux pour empêcher leur disparition. En Suisse romande, l’Hebdo disparut et on lui rendit hommage tout en saluant le courage des nouveaux entrepreneurs qui lancèrent un journal sur un nouveau modèle éditorial.

Je notais avec amusement que comme ici pour défendre la redevance, ces subventions françaises sont justifiées officiellement par une nécessité de « représentativité de la pluralité des médias» ainsi que pour défendre le « débat et le pluralisme démocratique ». Pourtant en Suisse, malgré une bien moindre population, nous maintenons une diversité de la presse et une couverture régionale exemplaire et cela sans subvention nationale.

Quand les changements de goûts, de technologie ou encore de valeurs transforment les habitudes des citoyens, le principe de base de la Suisse est de respecter leurs avis. Lorsque les fichiers musicaux électroniques apparurent, personne ne leva le petit doigt pour les disquaires. Les entreprises naissent, se transforment et parfois meurent. C’est le secret d’une société qui évolue, qui choisit et qui prospère.

En Suisse, si c’est le cas pour la presse écrite, il en va tout autrement de la télévision et de la radio. Malgré la perte d’auditeurs, nous n’avons cessé de payer de plus en plus pour leurs services. Depuis l’entrée en vigueur de la redevance, la facture n’a cessé de prendre l’ascenseur malgré l’augmentation de notre population et l’amélioration technologique. La raison est simple : le citoyen n’a pas le choix de payer ou non. Il est captif. Le montant est un prix politique fixé par le gouvernement en interaction avec les lobbys concernés. En Suisse, comme ailleurs, le corporatisme est la clé pour certaines entreprises dans le but de lutter contre l’instabilité d’une société libre.

Nos médias, et il est important de le souligner, ne sont pas aussi politisés et aidés que dans les pays alentours. Nous n’avons pas de culte médiatique du politique, pas de gouvernement majoritaire et le politique est par conséquent moins incité à accorder des privilèges aux médias ou à les contrôler. La fragmentation du pouvoir de la Suisse et la faiblesse médiatique de nos politiciens de milice a certainement favorisé à notre pays un environnement plus propice à la liberté.

Aujourd’hui, face aux changements technologiques, les entreprises se transforment et s’affrontent sur un même canal médiatique : l’internet. Les chaines de télévision se mettent à écrire des articles accompagnant leurs vidéos en ligne et la presse écrite filme ses interviews. Les frontières entre les canaux médiatiques s’amenuisent et s’effacent. Cette mutation de l’industrie des médias restructure totalement nos habitudes mais elle nous met surtout face à des incohérences institutionnelles que nous maintenions depuis des décennies : nous avons des médias avec clientèle captive et d’autres avec une clientèle libre.

L’initiative NoBillag, en dehors des slogans et des cris d’orfraie, pose une réelle question de société : souhaitons-nous un paysage médiatique soumis à la politique et à son jeu, ses logiques, ou aux citoyens et à leurs choix ?

Nous n’avons jamais caché que les valeurs que nous défendons avec cette initiative impliquent du mouvement et des changements. Nous pensons sincèrement que si la Suisse va si bien et est le pays le plus libre économiquement en Europe, ce n’est pas un accident mais le fruit d’une histoire et d’un régime politique où les citoyens peuvent dire « stop » à la politique et leur clientélisme. Nous vous invitons à revendiquer vos droits, notamment celui de choisir, à rétablir un environnement sain et cohérent dans nos médias et à séparer clairement la politique des médias en disant OUI à l’initiative pour la suppression des redevances radio/télévision.

Frédéric Jollien

Membre du comité NoBillag

 

 

 

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No-Billag ou le triomphe de l’innovation

En 1996, le Conseil Fédéral propose de libéraliser les télécommunications au vue des progrès technologiques dans le domaine. Il propose de mettre fin aux PTT (Postes, téléphones, télégraphes) fondés en 1920 pour contrôler et étendre le réseau téléphoniques en Suisse. Ainsi le 1er octobre 1997, Télécom PTT devient Swisscom. Le résultat en 2017 ? Plusieurs opérateurs téléphoniques en concurrence, des prix d’abonnement qui chutent, des coûts de téléphonie mobile toujours plus bas et une offre de meilleure qualité. Ce malgré un monopole de l’opérateur historique durant deux décennies sur le « dernier kilomètre ».

Autre secteur, même logique. Dans les années 50, le Conseil Fédéral propose de prélever une redevance pour soutenir le développement de la télé hertzienne. La radio-télévision est considérée, à ce moment-là, comme un bien public. La raison ? Personne ne peut, techniquement, être « exclu » de la consommation de ce bien, soit regarder la télé. En effet, il n’était pas technologiquement possible, à cette époque, d’empêcher un ménage de regarder la télévision suisse. À part bien sûr en leur enlevant leur poste de télévision. Ainsi la procédure de perception des redevances a été d’exonérer les ménages qui ne possédaient pas de poste de télévision. De fait les percepteurs étaient sûr d’éviter que certains regardent la télévision sans payer leur dû.

Hors avec l’innovation technologique, les moyens de regarder la télévision suisse se sont démultipliés. Que ce soit sur votre ordinateur, votre téléphone ou encore votre tablette, il existe aujourd’hui une multitude de canaux. La réponse du législateur dans la loi fédérale RTV votée en 2015 à cette innovation se résume à: « taxons tout le monde ! Et les entreprises plus que les autres ! ». Pourtant cette même innovation technologique permet maintenant d’exclure ceux qui ne veulent pas regarder les chaînes de la SSR. Par exemple pour les chaînes privées, seuls les abonnés à Teleclub peuvent la regarder, idem pour Canal+ ou BEIN sport. C’est donc faisable.

Ainsi l’initiative « oui à la suppression des redevances billag » permet d’utiliser pleinement les moyens technologiques existants et redonne la liberté au citoyen. Libre à lui de choisir son média audiovisuel. Qui peut avoir l’arrogance de dire à ses concitoyens ce qu’ils doivent regarder et ce qu’ils doivent payer pour le faire ?

Supprimer la redevance obligatoire permet également de mettre fin à une concurrence déloyale. Oui il existe des médias privés qui fournissent du contenu informatif, de divertissement, audiovisuel, de proximité, de haute valeur ajoutée. Mais ceux-ci, soumis aux imprévisibilités du risque entrepreneurial, ne bénéficient pas d’un fonds de garantie de plus d’un milliard par an. Ils doivent convaincre des nouveaux clients, fidéliser leur public, investir pour s’améliorer, explorer des nouveaux horizons, bref évoluer dans un monde sans cesse changeant avec des citoyens aux envies, elles aussi, sans cesse changeantes.

Personne ne voudrait être forcé de payer un abonnement de téléphonie mobile chez Swisscom, pour ensuite préférer payer volontairement un abonnement chez Sunrise pour profiter de leurs services. Ainsi ne forçons pas les citoyens à s’abonner à la SSR, laissons-les choisir pour ce qu’ils veulent payer.

Thomas Birbaum – Membre du comité No Billag Romandie